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La France part en couille et ça me rend triste

La France part en couille et ça me rend triste

L'actualité, les médias et le poids de l'information

On aura remarqué l'absence d'article la semaine dernière... Pour cause : l'actualité.

Je ne sais pas comment vous vivez les événements et, plus généralement, les actualités. Moi, cela me pèse presque autant que l'éco-anxiété.

Pendant un temps, je m'étais éloignée des médias et des sources d'information pour des raisons de santé mentale. Les actualités étaient la goutte de trop.

Les médias ont toujours cherché le scoop et le buzz, avec parfois des erreurs de sources. Aujourd'hui, avec Internet et les réseaux sociaux, ce phénomène s'est accéléré. Pour que cela fonctionne et qu'il y ait une audience et de la rétention, il faut des titres accrocheurs. Le fameux titre putaclic, largement repris dans les codes du streaming et des plateformes vidéo.

J'ai repris doucement les réseaux pour rester informée, parce que c'est ce qu'on m'a appris à l'école. En toute franchise, je pourrais m'abstenir de regarder et simplement écouter ce qui se dit à la machine à café : je serais tout aussi au courant. J'ai testé cette méthode pendant un an et c'est vrai que cela fonctionne.

C'est ce qui fait qu'aujourd'hui je me limite à un média qui me donne les actualités en une dizaine de minutes et qui est « relativement » neutre. N'avoir qu'une seule source est totalement à l'encontre des enseignements scolaires. Il se trouve que le média que je suis cite ses sources. Théoriquement, je devrais en consulter d'autres. En pratique, j'ai estimé que j'emploierais mon temps à autre chose, sachant que la majorité des médias sont dictés par une poignée de fortunés et largement biaisés.

Médias, algorithmes et biais de perception

Tout cela pour dire que l'actualité française actuelle est pesante. Les revendications sont polluées par du vandalisme qui est repris pour discréditer les raisons pour lesquelles les gens manifestent.

À l'heure des réseaux sociaux et des médias détenus, politisés et manipulés, c'est grave. Les médias ne vont vous montrer que ce que leur ligne éditoriale leur demande. Si la consigne est de vous montrer les casseurs au détriment des revendications, vous verrez le 1 % qui a causé du grabuge face aux 99 % qui avaient des revendications.

Votre cerveau est conditionné pour retenir ce qui est choquant. L'algorithme des réseaux sociaux, lui, va vous montrer ce que vous voulez voir en fonction des données qu'il a collectées sur vous. Vous verrez peut-être davantage de casseurs sur votre fil d'actualité ou des mouvements opposés à vos idéologies discrédités si c'est ce que vous consultez le plus souvent, parce que cela correspond à vos convictions.

À l'inverse, une autre personne verra peut-être davantage de manifestants se faire encercler ou gazer alors qu'ils n'ont fait que manifester pacifiquement.

Il faut bien se rendre compte que nos médias ne sont pas neutres et que ce que les réseaux nous proposent correspond aux sujets que nous voulons voir. Une partie de la réalité devient alors invisible.

Quand les revendications disparaissent derrière les violences

Aujourd'hui, on n'a d'yeux que pour les manifestations, initialement lycéennes ou dans les DOM-TOM, qui se sont soi-disant « transformées » en mouvements de casse.

On ne peut pas nier que certains casseurs sont là pour discréditer le mouvement. Je pense notamment aux accusations récurrentes concernant des forces de l'ordre déguisées. On ne peut pas non plus nier qu'il existe des personnes opportunistes qui sont là uniquement pour piller et casser.

Mais parmi ces gens, il faut aussi se demander ce qui les a poussés à agir ainsi. Les actes et la participation à ces dégradations sont indéniablement répréhensibles. Cependant, s'ils ont agi de la sorte, il y a peut-être des questions à se poser sur la manière dont ils en sont arrivés là.

Tel que c'est médiatisé, j'ai l'impression que seules les revendications concernant les moyens alloués à l'enseignement sont retenues par la classe politique. C'est un peu comme colmater une brèche alors que le problème est ailleurs ou, du moins, plus global.

Typiquement, avec cette médiatisation, on oublie qu'on vient de vivre l'un des pires étés et qu'il existe une urgence climatique. Nous connaissons actuellement des intempéries qui nous rappellent que, demain, elles seront probablement plus fréquentes et plus intenses.

Pourtant, ces sujets sont marginalisés alors qu'ils rejoignent une partie des revendications générales des mouvements de manifestation.

Une société qui semble oublier les causes profondes

C'est assez fou de se dire que les policiers eux-mêmes manifestaient un mois auparavant pour de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail. C'est également oublier qu'on les applaudissait en 2016 à la suite des attentats.

N'oublions pas que ce sont aussi des êtres humains avec leurs propres revendications. Mais peut-être que, dans certains cercles, il existe des normes, des valeurs et des façons de penser qui sont transmises et qui doivent être adoptées, aussi critiquables soient-elles.

Peut-être qu'une partie du problème se trouve là, par biais de conformité : cette tendance à aligner ses opinions ou ses comportements sur ceux du groupe, parfois contre son propre jugement.

À six mois des présidentielles : regarder la réalité en face ?

À six mois des présidentielles, même si je déteste cette période où tout le monde se déchire pour savoir qui a raison, ne serait-il pas temps d'arrêter de se voiler la face ?

Personne ne veut entendre parler d'austérité. On cherche l'ennemi commun, celui autour duquel on va pouvoir fédérer l'ensemble de la population et qui, d'un claquement de doigts, résoudra tous les problèmes.

Le constat que je fais, c'est qu'actuellement nous refusons de voir que nous sommes arrivés à une accumulation de mauvaises décisions. Nous avons toujours repoussé certaines grandes décisions au lendemain, le temps que les mesures actuelles produisent leurs bénéfices personnels.

La dette française : symptôme ou problème central ?

Le bon sens nous dirait qu'à partir du moment où l'on a une dette et que l'on doit en contracter une autre pour financer la précédente, c'est plutôt mauvais signe.

Pourtant, c'est ce que fait l'État français depuis 1974, date à laquelle le budget était à l'équilibre. Sauf que les taux d'intérêt peuvent évoluer à la hausse comme à la baisse, indépendamment de l'inflation. Dernièrement, c'est plutôt à la hausse, notamment en raison du manque de confiance.

Malheureusement, la France ne détient pas majoritairement sa propre dette. La dette française est possédée à hauteur de 59,7 % par des non-résidents selon l'Agence France Trésor. Sur les cinquante dernières années, la dette a considérablement augmenté à chaque crise : Covid-19, crise des subprimes, etc.

Pour chacune de ces crises, l'État français a augmenté son endettement. La question que je me pose est la suivante : pourquoi cela reste-t-il une accumulation plutôt qu'un remboursement progressif ?

Les limites d'un système sous tension

Un début de réponse réside peut-être dans l'utilisation de cet argent qui alimente un système déjà obsolète. En d'autres termes, nous injectons des fonds dans un système dont nous savons qu'il ne générera pas suffisamment de richesse pour rembourser ses propres intérêts.

Ne tergiversons pas : le système de retraite par répartition se retrouve clairement au cœur du débat. C'est se voiler la face que de penser avoir cotisé pour sa propre retraite alors qu'on finançait celle des générations précédentes.

De la même manière, nous avons longtemps refusé de voir le déclin démographique. Il ne date pas d'une étude récente de l'INSEE : les signes avant-coureurs existaient depuis longtemps.

Le système de santé pèse lui aussi dans la balance. Mais si nous avons tant besoin de soins aujourd'hui, à quoi cela est-il dû ? Nous parlons désormais de scandales sanitaires liés aux PFAS, au cadmium ou encore aux néonicotinoïdes.

Ne serait-ce pas le résultat d'inactions menées en toute connaissance de cause dans l'espoir de préserver une certaine croissance, ou du moins un statu quo économique ?

Tiens, cela me rappelle certains sujets liés à l'urgence climatique. C'est sûr qu'aller vérifier si Mars est habitable apparaît comme une solution miracle. Peut-être nous rendrons-nous compte dans vingt ans que ce n'était clairement pas la priorité, mais simplement une compétition d'influence entre deux nations dirigées par des responsables politiques vieillissants.

Peut-on vraiment effacer la dette ?

Concernant la dette, son effacement me paraît peu probable. D'un point de vue international, nous perdrions toute crédibilité, si tant est qu'il soit possible d'effacer les 59,7 % détenus à l'étranger.

Pour les 40,3 % restants, je ne sais pas exactement dans quelle mesure ils sont détenus par les Français. Mais tous ceux qui possèdent des contrats d'assurance-vie risqueraient déjà de grincer des dents, sans compter les établissements financiers qui prélèvent leurs commissions et frais de gestion.

Taxer davantage les riches ou les entreprises ? Les pratiques passant par les holdings et certaines stratégies d'optimisation fiscale existent bel et bien. Chaque mois ou presque, de nouveaux scandales émergent.

Pour autant, je ne suis pas certaine que cela suffise à résoudre l'ensemble du problème. Je ne suis pas non plus convaincue que les répercussions seraient celles attendues.

Même en imaginant un retour à un niveau d'endettement raisonnable, si la structure sous-jacente n'est pas viable, la situation finira par se reproduire.

Un changement de modèle difficile à entendre

Ce changement structurel, je ne suis pas certaine qu'il soit réalisable en cinq ans. Je pense même qu'il sera quasiment impossible sans sacrifices et sans restrictions budgétaires.

Poser ce constat et l'assumer publiquement, aucun candidat à la présidentielle ne semble le faire. Personne n'a envie d'entendre cela. Nous préférons nous rassurer avec des plans dont nous ignorons déjà comment ils seront financés, alors même qu'il faut trouver les moyens de financer la dette existante.

Au lycée, je me sentais déjà impuissante face à l'urgence climatique.

Je terminerai par une citation que j'ai lue récemment mais dont je n'ai pas réussi à vérifier l'origine :

« Il y a beaucoup de façons de tuer un homme. En lui enfonçant une dague, en lui retirant son pain, en ne soignant pas sa maladie, en le faisant travailler jusqu'à l'épuisement, en le poussant au suicide, en l'envoyant à la guerre. Seule la première est interdite par l'État. »

Attribuée à Bertolt Brecht.

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