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Faut‑il encore se fier aux notes des restaurants ?

« Il faut vivre pour manger. » Cette citation de L’Avare de Molière m’accompagne depuis la fin de mon adolescence. Non pas pour célébrer l’opulence ou l’excès, mais simplement pour rappeler le plaisir de bien manger.


👅 Le goût : un sens qui change, qui s'affûte, qu'on perd… ou une rétrogradation de la restauration ?

Je n’ai pas le palais le plus fin du monde, et j’ai même l’impression qu’il s’est émoussé ces dernières années. Est‑ce un effet à long terme du Covid ? Ou bien la restauration mise‑t‑elle désormais davantage sur l’instagrammable que sur le goût ? Peut‑être que mes exigences ont simplement évolué.

Autrefois, je faisais confiance aux avis Google : quelques centaines, voire milliers d’avis, et hop, une valeur sûre. Aujourd’hui… beaucoup moins.

📈 Système de notation inflationiste ?

Comme chez le garagiste ou le livreur qui réclame un 8/10 minimum, les restaurants semblent pris dans la même logique. Sur 5 étoiles, viser moins de 4 paraît presque suspect. Mais que signifie réellement cette échelle ? Un 3 est‑il vraiment mauvais ?

À l’ère où chacun veut jouer les influenceurs, la présentation et le cadre prennent souvent le pas sur le goût. Comment retranscrire une texture ou une saveur autrement qu’en la vivant ? Ce que beaucoup recherchent désormais, c’est l’ambiance, le moment à poster, le « je vis ma vie de bobo les gueux ! ».

Résultat : on dépense 20 € pour un plat joli mais moyen, dans un décor atypique, et on rationalise l’achat pour justifier la note laissée en ligne.

⭐ Le goût ne fait pas tout : service, cadre, humeur…

Le goût ne fait pas tout : service, cadre, humeur…

Bien sûr, le goût ne suffit pas à lui seul. Un service désagréable ou un favoritisme visible peuvent ruiner l’expérience. Le cadre compte aussi. Mais alors, que veut dire une note sur 5 ? Est ce que le suivant parait raisonnable ?

  • < 2 : fuyez

  • 2 : passable

  • 3 : correct, une cantine potentielle

  • 4 : bon, il y avait quelque chose

  • >4,8 : exceptionnel (et encore, le sans‑faute est rare)

🍔 Peut‑on vraiment comparer tous les types de restaurants ?

Fast‑food, bar à salade, pizzeria, boulangerie, brasserie, chaîne, bistronomique, gastronomique… tout est mélangé dans les résultats Google. Comment différencier un spécialiste du burger d’une chaîne généraliste qui en propose aussi ? Le prix suffit‑il à deviner la qualité ou la spécialisation ?

On pourrait imaginer une catégorisation plus fine, mais selon quels critères ? Le Guide Michelin ? Une institution déjà critiquée pour sa rigidité. Et comment comparer une franchise à un petit indépendant qui démarre ?

🤷‍♀️ Le biais de conformité : quand la foule décide pour nous

On en revient à nos petites étoiles. Sauf que niveau notation on ne fait aucune distinction. Est ce que l'échelle suivante serait envisageable ? entre 4.5 et 5 ce sont les gastronomique, 4 et 4.5 les bistronomique, 2.5 et 4 les restaurrants en dessous de 2.5 la restauration rapide ? Là on devient un peu élitiste et on a aucune garantie que le fastfood n'explose pas les quota pour se hisser au niveau gastronomique.

Le système actuel favorise les établissements déjà bien notés. Une note élevée attire du monde, qui mettra à son tour une note élevée. Effet mouton, biais d’autorité, validation sociale… Parce que la note est élevé et qu'il y a un grand nombre de personnes qui le pense, alors on va se convaincre que c'est normal, car le plus grand nombre a raison. Donc à part un « bad buzz », comme sur YouTube ou Instagram, on alimente les gros poissons. 

Le bias de conformité peut toutefois changer en une tendance négative. A un moment donné, il y a un point de bascule où l'opinion générale va commencer à penser le contraire et sera rejoint par de plus en plus de personnes jusqu'à devenir "la norme".

Ce système présente des faiblesse notamment quand on vient de commencer. Pour les nouveaux restaurants, c’est un combat : construire une réputation prend du temps. Le raccourci ? Marketing, influenceurs, campagnes sponsorisées. Mais là encore, difficile de savoir si l’avis est sincère ou rémunéré. Ah oui tient parlons en des influcenceurs, ou ces comptes qui vous font le classement des meilleurs restaurants de votre ville. Vont-ils spontanément testé le dernier venu ? Ont-ils une réelle valeurs ou sont ils juste payé a faire une tête d'ultra satisfait quand il présentent et mangent le plat pour empocher le cash derrière ? Ou y a t-il réellement un avis sincère derrière ?... j'ai plutôt l'impression qu'on est toujours dans ce monde du paraître. On voit des jolies images ça nous donne envie, derrière on est déçu. Sauf qu'on a cette impression qu'on est la seule personne à être déçue donc on culpabilise et on va trouver tous les arguments du monde pour rationaliser cette dépense et dire qu'en fait... c'était bien. C'est dur de savoir quand on doit et ne doit pas être un mouton et si c'est justifié.

💬 A la base... 

Je voulais parler des restaurants testés ce trimestre... sauf que je me suis dit : "Tient ça fait longtemps que je n'ai pas laissé un avis sur un restaurant." Si je devais lui donner une note j'aurais dit 4. C'était pas ouf, ni catastrophique. Je pourrais y retourner pour accompagner des personnes, mais peut être pas par moi même ; limite je pourrais descendre à 3.5. Sauf qu'en regardant un peu autour. TOUT les restaurants avaient des notes comprises entre 4 et 4.9. En dessous, on pouvait peut être se dire que c'était mauvais. A ce moment là, on se rend compte que si tous se talonnent, un 4 en plus peut faire baisser la moyenne générale. Mais peut être que ce restaurant est mieux que les autres. En fait ce sont les potentielles conséquences qui m'ont arrêté dans mon élan et qui font qu'aujourd'hui je vous partage cette réflexion. Je me suis même demandée est ce que je ne devrais pas augmenter cette note à 4.5 histoire de ne pas avoir trop d'impact sur le résultat global. Mais, est ce que je suis en adéquation avec cette augmentation ? Techniquement, je suis déjà biaisée.

Finallement, pas de review de mes restaurants trimestrielle, même si ça pourrait. Le prochain article sera sur mon bilan du premier trimestre de mes objectifs.

Et vous comment déterminez-vous la note que vous laissez ?

La photo du takoyaki n'a rien à voir avec les restaurants. Il a été réalisé lors d'un atelier de cuisine japonais sur le thème street food chez Shiawassé à Belberaud près de Toulouse.

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