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🎭 Roméo et Juliette : entre mythe, souvenirs et désillusion

🎭 Roméo et Juliette : entre mythe, souvenirs et désillusion

En faisant du tri dans les cartons de nos divers déménagements, on est retombé sur l’une des célèbres œuvres de William Shakespeare : Roméo et Juliette. Je ne l’avais jamais lue, même si tout le monde en parle. C’était donc l’occasion de se cultiver un peu et de me faire enfin mon propre avis.

Mes premières rencontres avec Roméo et Juliette

🎤 La comédie musicale : une introduction inattendue

La première fois que j’en ai entendu parler, c’était via la comédie musicale… Belle introduction, sur un air des Rois du monde. Je n’en avais ni vu ni écouté l’intégralité : seulement les clips qui passaient à la télévision et les chansons diffusées à la radio. En résumé : Les Rois du monde et Aimer. Avec un Roméo à la longue chevelure que je trouvais mignon.

Emission télé spéciale Roméo et Juliette 

À l’époque, on m’avait simplement expliqué que c’était l’histoire de deux amants dont l’amour impossible se terminait de manière tragique. Bien des années plus tard, j’ai écouté une partie de l’album par curiosité… sans vraiment accrocher. Je me souviens vaguement de la chanson Vérone et d’une autre où Roméo est blâmé pour aimer Juliette.

Dans un autre registre musical, il y a aussi eu Mademoiselle Juliette d’Alizée et une chanson de Grand Corps Malade. Peut‑être d’autres encore, mais je ne m’en souviens plus.

📺 Hé Arnold : la référence la plus improbable 

La fois suivante où j’ai croisé l’œuvre, c’était dans un épisode de Hé Arnold. Avouez que vous ne vous y attendiez pas.


 

Dans cet épisode, Helga Pataki, la petite blonde au monosourcil secrètement amoureuse d’Arnold, veut absolument jouer Juliette, puisque l’élu de son cœur a le rôle de Roméo. Elle évince toutes les doublures : en faisant croire à la fashionista que la robe est hideuse, puis en avouant à la dernière prétendante qu’elle a un béguin pour Arnold. Tout ça pour pouvoir l’embrasser pendant un baiser beaucoup trop long avant la scène finale.

Avec le temps, j’ai fantasmé un amour pur entre les deux tourtereaux, un romantisme fou. Le cerveau est fantastique pour imaginer… et souvent décevant face à la réalité.

J’avais même eu le projet de faire une parodie avec des OC (Original Characters). Mais je n’ai jamais trouvé le temps de lire le fichier Word contenant l’œuvre originale.

⚔ Roméo X Juliet : l’adaptation japonaise qui m’a marquée

Puis il y a eu Romeo X Juliet, un anime japonais reprenant certains aspects de l’œuvre, notamment la dualité entre les deux familles. La série est doublée de fantasy et change beaucoup de codes.

  • Plus de Prince pour arbitrer les querelles.

  • Les Montaigu sont les nobles au pouvoir.

  • Les Capulet, famille déchue, vivent dans la pauvreté.

  • Une chasse aux sorcières vise les jeunes filles rousses, car les Capulet le sont.

  • Juliet devient une sorte de Robin des Bois, déguisée en garçon pour défendre le peuple.

J’adorais les scènes de combat à l’épée. L’offre en anime n’était pas aussi large qu’aujourd’hui, donc j’étais ravie de trouver cette thématique. L’aspect fantasy apportait une dimension étrange, mais avec le recul, j’y vois une volonté de représenter la Destinée, cette force contre laquelle on ne peut lutter. La fin est très étrange… mais l’issue reste fatale.


 

🧨 La prof de philosophie qui a tout brisé 

Ensuite, il y a eu ma prof de philosophie… qui a marqué mon esprit en disant qu’ils étaient cons. Le contexte : l’amour destructeur, aimer au point d’en mourir.

Pour elle, c’était stupide de s’arrêter au premier amour réciproque. Roméo avait déjà oublié Rosaline dès qu’il a vu Juliette. Juliette, elle, aurait pu accepter un mariage arrangé, comme c’était courant à l’époque, et vivre confortablement.

Un discours qui m’avait refroidie. Avec toutes les fictions où les amours impossibles finissent bien, on rêve de vivre une histoire similaire. Mais c’est illusoire : à 14 ans, on a encore tout à découvrir, et les chemins divergent.

Je suis donc restée sur cette idée : se tuer pour un soi‑disant être aimé n’a aucun intérêt.

Mon regard d’adulte : comprends‑je ce point de vue ?

Aujourd’hui, je l’entrevois, mais la conclusion de ma prof reste trop abrupte. Il y a tant d’autres choses dans la vie que de s’arrêter à un seul être aimé, même si la douleur est réelle.

Ma prof de philosophie, aurait‑elle tenu le même discours si quelqu’un était mort de chagrin après la perte d'un être cher, qui plus est le/la conjoint.e ? Peut‑être. La philosophie n’apporte pas de réponses toutes faites : elle ouvre des sentiers et confronte les idées.

Pendant des années, je suis restée avec cette question : Roméo et Juliette étaient‑ils cons de s’être donné la mort ?

La lecture de l’œuvre… et la déception

Des années de suspense pour que, cette année, j’aie enfin la réponse. J’ai même regardé le film avec Leonardo DiCaprio pour enfoncer le clou.

Alors, l’œuvre ? J’avoue… j’ai été un peu déçue.

J’avais trop idéalisé leur romantisme. Et peut‑être ai‑je mal compris une dimension essentielle : le temps. Dans l’œuvre, les heures sont en réalité des jours, ce qui accélère tout pour renforcer le drame.

Shakespeare se retournerait dans sa tombe si on résumait son œuvre dans un short TikTok généré par IA.

🤡 Pourquoi je n’ai pas accroché : Roméo, cœur d’artichaut

Le Roméo romantique à la longue chevelure… ce n’est pas lui. C’est plutôt un adolescent au cœur d’artichaut, un Prince de Into the Wood version belâtre charmant.


Il commence l’histoire en pleine peine de cœur, rejeté par Rosaline, qui a fait vœu de chasteté. Cette obsession semblait durer depuis longtemps, puisque même le prêtre le blâme d’avoir oublié Rosaline en un instant.

Moi aussi, je lui reproche : il passe de dépressif à amoureux transi en une soirée. Une vraie girouette.

S’il avait trouvé plus belle que Juliette ensuite, l’aurait‑il oubliée aussi vite ? Je lui accorde tout de même d’avoir assumé son engagement jusqu’au bout.

 

⚰ Juliette : une tragédie de condition féminine

Juliette, elle, est convoitée par Paris dès le départ. Son père semble d’abord raisonnable, refusant de la marier au premier venu.

Admettons : l’amour au premier regard. Je me demande si Mon cœur, mon amour d’Anaïs n’est pas inspirée de la scène du balcon : ce moment interminable où l’on se dit au revoir sans partir.

J’ai plus de compassion pour Juliette : elle veut maîtriser sa vie, mais subit tout. Trahie par sa nourrice, puis par le prêtre. Son fardeau, c’est d’être une fille, sans échappatoire ni indépendance possible.

Sa mort est d’ailleurs beaucoup plus violente que celle de Roméo.

🤷‍♀️ L’inaction des adultes : insupportable

Les parents Montaigu et Capulet ne font rien pour calmer leurs vassaux. Surtout les Capulet, avec Tybalt, le cousin sanguinaire. On pouvait se douter qu’il serait au cœur des problèmes.

Mais sans lui… pas de drame.

💔 Le romantisme fantasmé… balayé par la réalité

Le romantisme fantasmé, quant à lui, est vite passé aux oubliettes au profit d’adolescents pré‑pubères voulant consommer rapidement leur mariage. Les joutes verbales ou les déclarations sur la beauté de l’âme… on repassera.

En somme, j’avais des attentes par rapport à cette œuvre, et elles n’y étaient pas. Je pense que je ne l’aurais pas appréciée même sans tous ces a priori. Je ne regrette pas de l’avoir lue : c’était enrichissant. Mais je n’en ferai pas une parodie comme je l’avais imaginé. Je préfère finalement la vision un peu niaise que j’avais de Roméo et Juliette, avec une relation plus mignonne, comme dans l’animé cité plus haut.

🎞 L’adaptation cinématographique : un mélange étrange mais intéressant

Une fois la pièce terminée, qu’ai‑je pensé de l’adaptation ?

C’était… pas mal. À la base, j’avais commencé à la regarder en anglais sans sous‑titres. Au bout de 30 minutes, j’ai abandonné : je ne comprenais pas la moitié des répliques. En VF, je me suis rendu compte que c’était normal : les dialogues conservent un langage soutenu, alors que le contexte est presque risible.

 

Vérone devient une ville américaine où l’on se tire dessus à coups de pistolets semi‑automatiques pour des enfantillages. Je n’étais pas prête pour les cinq minutes d’introduction.

Paris, totalement évincé

Paris passe à la trappe pour laisser place au duo Roméo/Juliette. On oublie complètement qu’il voyait déjà Juliette comme une possession lui devant respect, et que Roméo le tue à la fin parce qu’il voulait… faire on ne sait quoi avec le pseudo-cadavre de Juliette.

Mercutio, plus tragique que jamais

Mercutio devient le meilleur ami de Roméo, et sa mort est beaucoup plus tragique que dans la pièce. On suit réellement ses derniers instants, et pas seulement une annonce derrière un rideau. On ressent sa malédiction lancée aux deux maisons, née de la prise de conscience qu’il n’a été qu’un pion sacrifiable.

 

Toutes les scènes précédentes renforcent son lien quasi fraternel avec Roméo, ce qui accentue le tragique de sa mort. Ce n’est plus seulement le provocateur Montaigu qui répond aux insultes.

Benvolio, plus fade

Benvolio, quant à lui, fait pâle figure. Il semble moins sage que dans la pièce, presque plus naïf, bien que doté d’un bon fond.

 

La scène finale : plus crue, plus violente

La scène finale diffère du théâtre. Il ne reste plus que les deux protagonistes.

Juliette assiste impuissante à la mort de Roméo. Désemparée face à ce qui l’attend — tout ce qu’elle a cherché à fuir — elle choisit la mort. Comme si la solution s’était imposée à elle.

Le fait que ce soit une arme à feu ajoute une violence supplémentaire, de mon point de vue.

Mon avis sur ce film, c'est que l'adaptation est un peu kitsch, mais à voir au moins une fois.

Alors… les tourtereaux sont‑ils cons de s’être donné la mort ?

Si Roméo n’avait pas été aussi impulsif, peut‑être que tout aurait pu se terminer autrement. Mais je n’oublie pas que c’est une drama queen manquant de maturité.

Juliette, quant à elle, dans sa situation finale… je comprends que face à ce que le destin lui réservait, elle dise non. Depuis le début, elle cherche l’émancipation, la liberté. Même si cela la pousse à faire des choix dangereux, cela lui apporte plus que la cage dorée qu’on lui impose.

On ne peut pas la blâmer de ne pas avoir essayé. Sa décision finale, c’est une forme ultime de liberté, plutôt qu’un énième échappatoire vers une vie qu’elle ne veut pas.

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