Un atelier pas comme les autres
Il y a deux semaines, alors que le précédent article était en cours de publication, je suis allée assister à un atelier de cuisine japonaise chez Shiawassé, près de Toulouse. Particularité de ce cours : il se déroulait en visio avec notre professeure du jour, Mami, spécialiste du Raw foodism, en direct depuis Tokyo. On avait déjà eu une expérience similaire l’année dernière, où je vous avais partagé mon avis sur le Raw foodisme.
🥢 Atelier de cuisine japonaise & découverte du Raw Foodism : mon expérience près de Toulouse
Cet atelier était aussi une forme de restitution du dernier voyage d’Ikuko et Stéphane au Japon. À cette occasion, ils ont dégusté un ramen vegan, qui s’avère être un tantamen. Ce dérivé épicé du ramen, on en a déjà parlé dans un précédent article de blog.
🍜🌶 Atelier cuisine japonaise chez Shiawassé : tantanmen, gyozas et daifuku mochi
Un tantamen vegan : curiosité et interprétation
Cette fois-ci, on était à la croisée des deux univers. J’étais curieuse de savoir comment un tantamen allait être interprété sans aliment d’origine animale. Après tout, au-delà des nouilles et des épices, c’est du bœuf ou du porc haché qui compose l’original.
Si je vous dis « beaucoup de légumes et champignons », ça ne va peut-être pas vous faire rêver. Si j’ajoute « cuisson frite », peut-être que ça change tout.
Les entrées
Salade à l’avocat
Kimpiras de carotte-gingembre
Kimpiras de poivrons
Le plat : tantamen vegan au konjac
En plat, le tantamen vegan aux nouilles de konjac, ses multiples légumes, son piment ciselé à doser à sa convenance, et le bouillon. Le konjac, très peu calorique mais dénué de goût, nécessite un bouillon relevé pour lui donner un semblant d’intérêt. Je me demande même si, au passage, on ne perd pas toutes les vertus…
Le dessert : Raw Chocolate
Pour terminer, le Raw Chocolate : des chocolats faits à base de poudre de cacao non sucré. On dit qu’on pourrait perdre du poids avec… L’exemple donné avait tout de même arrêté tous les produits industriels à côté. Donc je ne pense pas que ce soit un remède miracle, mais ça a dû aider la personne à manger de moins en moins de produits ultra-transformés.
L’avocat dans la cuisine japonaise : entre climat et habitudes
Fait intéressant : l’avocat arrive dans la cuisine japonaise. Attention, pas dans les makis — contrairement aux apparences, l’avocat y est surtout présent pour plaire au palais américain, puis européen.
Le légume arrive au Japon à cause du dérèglement climatique : il est devenu plus facile d’en cultiver localement. Après, il me semble que c’est tout de même relativement gourmand en eau. Il faudrait environ 1500 à 2300 L d’eau pour 1 kg d’avocat, contre 130 L pour 1 kg de carottes et 1200 L pour 1 kg de tomates.
Ce qui est gênant, c’est que beaucoup de routines d’influenceurs, de menus de salons de thé/café ou de recettes vegan en incorporent systématiquement. On en trouve partout, en toute saison, sans connaître le prix environnemental.
Personnellement, je n’aime pas l’avocat. Je ne sais plus si c’est le goût, la texture ou la peur d’une allergie croisée. Petite, je confondais avocats et concombres coupés de la même manière dans mon assiette… Quelle déception en découvrant que ce n’était pas du concombre.
Certaines personnes me crieraient à l’hérésie d’apprécier un tel légume qui, selon les versions, n’a pas de goût… ou trop. Est-ce une question de récepteurs génétiques ou de variété de cucurbitacée ? Je ne sais pas si la science s’est penchée sur le sujet.
J’ai cette image que l’avocat n’est pas écologique et qu’il appauvrit encore plus en eau les pays producteurs en Amérique.
Marché local : diversité, climat et agriculture
Pour enchérir sur les sujets d’agriculture et de réchauffement climatique, récemment, en faisant le marché, j’ai lu un petit papier qu’un étalage bio proposait. Il traitait des variétés proposées et de la demande en fruits et légumes.
De façade, pour moi, c’est un stand qui propose beaucoup de variétés de légumes, souvent peu communes. Je le qualifie de mon Disneyland : chaque semaine, on peut découvrir des légumes dont on n’avait pas connaissance.
On y trouve aussi des légumes présents dans la cuisine asiatique :
Shiso
Pak Choi
Courges Kabocha et Hokkaïdo
Assortiments de piments et poivrons
Variétés de concombres (citrons, antillais, arméniens…)
Je suis super enthousiaste quand j’arrive sur ce stand.
Le lien avec le climat
Après trois grosses vagues de chaleur en 2026, il y a des problèmes au niveau des réserves d’eau et des pertes agricoles. Et ça n’ira pas en s’améliorant quand les besoins en eau augmentent pour :
les data centers
l’intelligence artificielle
l’industrie du carton pour les expéditions
ou les pays qui se torchent le cul à l’eau potable…
Est-ce que le PQ est plus économe en eau ? Pas sûr. Dans un contexte où cela fait 20 ans qu’on nous dit que la guerre de l’eau va arriver, je me demande pourquoi on a laissé ce système se développer.
Réservoirs géants et dérives
Qu’en est-il des réservoirs géants construits n’importe comment ? Selon moi, ce n’est pas une bonne idée : on intervient artificiellement dans le cycle de la sédimentation, ce qui impacte les nations moins avancées technologiquement, le prix des matériaux de construction, et d’autres effets de bord.
À grande échelle, on détruit des habitats et des écosystèmes pour faire un giga-bassin, comme le barrage des Trois-Gorges en Chine. Ou, si on a la chance d’avoir la source d’eau, on sur-exploite la ressource pour construire une ville au milieu d’un désert avec des dauphins, au détriment du pays en aval.
Et puisque l’eau est rare, pourquoi ne pas l’utiliser pour une agriculture gourmande en eau, comme… des avocats ? Mais bon, les sodas sont moins chers que l’eau : j’ai nommé les États-Unis et le Mexique.
Retour au stand du marché
Le papier disponible expliquait les actions engagées par cette petite exploitation et comment elle fait face aux critiques et à la concurrence des hypermarchés.
La raison pour laquelle il y a autant de variétés sur le stand : leur volonté de tester des plantes plus robustes à la chaleur et moins consommatrices d’eau. C’est s’adapter au changement climatique.
Leur constat est plutôt négatif :
Les concombres robustes n’ont pas trouvé leur clientèle, qui préfère les variétés classiques des supermarchés.
Leurs tomates étaient peu nombreuses et peu présentables, mais en accord avec leurs valeurs. Les consommateurs les trouvaient trop petites et moches.
On est tous manipulés par les étalages calibrés des grandes surfaces. Cette image est tellement ancrée qu’on continue à la nourrir.
Le poids des standards alimentaires
Qu’est-ce qu’un bon légume ? Quelle tête doit-il avoir ? Pourquoi ai-je plus de réticence à prendre un fruit ou un légume qui ne répond pas aux standards de beauté ?
La réalité : on nourrit un système qui privilégie un type d’agriculture. Et parce qu’il y a de la demande, les grandes exploitations ne vont faire que ça.
Pourtant, on nous a montré à maintes reprises que les monocultures, ce n’est pas terrible — que ce soit la banane ou la betterave sucrière. Cette dernière me fait bouillir rien que de l’évoquer.
On n’a pas toujours la possibilité financière de choisir ce que l’on mange. Il y aura toujours des vautours pour exploiter la naïveté et s’enrichir.
Alors, comment reconnaître et faire perdurer ces petits producteurs qui, on l’espère, deviendront un jour la norme ? Je n’ai pas de réponse. Je sais que certaines personnes peinent déjà à vivre. Je redoute toujours de faire fausse route et de ne pas être capable de voir qu’il faut œuvrer pour un changement.
Conclusion : un sujet pas joyeux, mais nécessaire
Ce n’était clairement pas un sujet très joyeux. Mais c’est une thématique qui me tenait à cœur.
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